Sylvie Reff est assez optimiste concernant l’évolution de l’alsacien.
Elle fait remarquer qu’il n’a jamais existé autant d’associations
de théâtre alsacien qu’en 2004. Même si le nombre de
locuteurs d’alsacien est en baisse, elle constate un regain d’intérêt
pour l’alsacien et notamment pour les œuvres d’Edmond Jung
ou encore de Raymond Matzen.
Elle souligne également les initiatives prises afin de soutenir l’alsacien.
Elle cite par exemple le petit livre d’alsacien donné à
tous les nouveaux-nés et à leurs parents. Elle remarque ici le
problème de transmission aux nouvelles générations. En
effet, les jeunes mères ne cajolent plus leur bébé en alsacien
par peur de ne pas leur donner de bonnes bases pour la société.
C’est plus souvent le père qui décide de transmettre l’alsacien
à son enfant.
L’un des participants du stàmmtisch parle de la possibilité
de créer des Kinderstub pour les jeunes enfants. Sylvie Reff n’est
pas contre. On pourrait même s’adresser aux grands-parents pour
les animer.
Elle propose également d’autres moyens pour agir en faveur de l’alsacien,
comme par exemple la création d’une émission régionale,
une sorte de télé-réalité avec de jeunes couples
parlant alsacien, afin de redorer l’image de l’alsacien, de la moderniser.
Elle évoque également la possibilité d’interviewer
des personnalités ou des personnes occupant des postes à responsabilité
en alsacien (chose qui a déjà été faite dans les
années 70).
Sylvie Reff est née en 1946 et a eu pour langue maternelle l’alsacien,
ne parlant français qu’à l’école.
Ainsi l’alsacien est pour elle sa véritable langue maternelle,
la langue dans laquelle elle a nommé pour la première fois les
choses du monde. L’alsacien est la langue avec laquelle elle a pour la
première fois appréhendé le monde. Sa musique l’a
bercée durant toute son enfance et encore maintenant la rassure. Il n’y
a qu’au contact de cette langue qu’elle se sent vraiment chez elle,
à la maison. L’alsacien est ainsi une langue chaude et naturelle,
une langue dans laquelle on ne peut mentir tant elle est véritable.
A l’après-guerre, la surcharge dans les classes (50 élèves
par classe) lui permet de continuer à communiquer en alsacien avec ses
petits camarades, même si bien sûr elle apprenait peu à peu
le français.
Jusqu’à l’université cependant, elle pratiquera de
plus en plus le français, une langue qui s’imposera à elle
comme la langue de la culture, des études supérieures.
Mais, petit à petit, elle ressent un décalage entre le français
et l’alsacien, qu’elle considère alors comme sa véritable
langue intérieure. L’alsacien devient pour elle un atout qui lui
permet d’être véritablement citoyenne du monde. Bien que
parfois l’alsacien ne soit utilisé qu’en tant que langue
de "retranchement", Sylvie Reff au contraire estime qu’il peut
servir d’îlot intérieur. Ainsi il permet de s’ouvrir
aux autres langues et autres cultures.
Sylvie Reff a écrit une quinzaine de livres en français, mais
elle a également constaté que l’écart se creusait
entre la langue française et son véritable langage intérieur,
sa langue maternelle.
Ainsi, elle écrit des chansons en alsacien. L’idée de les
faire connaître lui vient pour la première fois en rencontrant
André Weckmann qui lors d’un repas lui propose de les chanter à
la radio. Elle étoffe alors son répertoire et écrit diverses
chansons, découvrant les possibilités qu’offre l’alsacien.
A l’époque, les chansonniers alsaciens tels que Roger Siffert ou
René Egles ne sont pas encore connus, seul existe le répertoire
des chansons traditionnelles chantées par les femmes âgées.
C’est ainsi que Sylvie tient son goût pour les chansons de sa grand-mère
et de sa mère.
Sylvie Reff découvre sa fierté d’être alsacienne,
d’appartenir à une certaine culture. Ce sentiment se développe
notamment au contact d’autres minorités. Elle constate ainsi sa
proximité d’esprit avec les Bretons par exemple. Pour Sylvie Reff,
cultiver l’alsacien n’est pas le signe d’un repli identitaire
mais au contraire d’une ouverture au monde. L’alsacien représente
à ses yeux un espace de liberté, une langue dans laquelle on peut
tout dire, surtout des choses douloureuses. Ainsi, Sylvie Reff ne peut se représenter
parler de la guerre en une autre langue qu’en alsacien.