INTERVIEW Militer pour le dialecte

Sous la houlette de Jean-François Wollbrett, une trentaine de jeunes se mobilisent pour le renouveau de la langue alsacienne.


Comment est née l'association A.L.S.A.C.E ?
A.L.S.A.C.E. « Junge fers Elsassische », qui signifie « Jeunes pour l'alsacien », est née d'un groupe informel de jeunes, issus d'un même foyer d'étudiants de Strasbourg. L'association s'adresse à tout le monde, et bien entendu aux jeunes. Tous les membres ne sont pas dialectophones et deux ou trois d'entre nous ne sont pas originaires d'Alsace. Certains nous ont rejoints par curiosité, ou par désir d'en apprendre plus sur une langue parfois plus du tout pratiquée par leur famille. Notre but est d'assurer la promotion et le renouveau de la langue alsacienne et donc mettre en contact les jeunes intéressés par cet objectif.

A.L.S.A.C.E est un sigle. Que signifie-t-il ?
«Association libre pour la sauvegarde de l'alsacien, de sa culture et de son enseignement ». D'accord, c'est un peu ambitieux ! Le titre « Junge fers Elsassische est peut-être plus synthétique ?

Quelles sont les activités de l'association ?
Elles se mettent en place : Stàmmtisch (réunions/débats), soirées littéraires, sorties culturelles? Des personnalités comme Christian Hahn (animateur de France 3 Alsace) ou Huguette Dreikaus (cabarettiste et écrivain) ont déjà animé des Stàmmtisch. Une soirée dialectale avec Marcel Spegt, président de la Fédération des théâtres alsaciens, est prévue. Un cycle mensuel de Stàmmtisch débutera le mois prochain à Strasbourg. Premier sujet : « Internet et l'Alsacien ».

La renaissance de la langue alsacienne est-elle un objectif suffisamment mobilisateur pour les jeunes ?
C'est un challenge ! Le fait qu'une trentaine de jeunes aient rejoint l'association montre que le sujet est encore mobilisateur, même s'il en laisse beaucoup indifférents. L'objectif de l'association n'est pas vraiment de promouvoir une vision passéiste ou trop folklorique de la culture alsacienne, mais au contraire de favoriser sa modernisation.

N'est-ce pas un combat d'arrière-garde ?
Non ! Ce serait une perte de temps de s'investir dans un combat perdu d'avance. Et si la promotion de l'alsacien était un combat d'avant-garde ? Avec la construction européenne, l'arrière-garde, ce pourrait bien être le monolinguisme ?

L'alsacien n'est-il pas condamné à disparaître peu à peu, comme tant d'autres langues régionales de par le monde ?
Il n'y a pas de fatalité : 900 000 personnes parlent encore alsacien. Il suffirait d'une prise de conscience généralisée de tous les locuteurs pour que l'alsacien reparte instantanément de l'avant.

Avez-vous des arrière-pensées de type « autonomisme alsacien » ?
Absolument pas ! Les statuts de l'association excluent d'ailleurs toute activité politique.


Propos recueillis par Damien Valette
© Journal l'Alsace - 30 mars 2001
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