Les jeunes dans la bataille


La défense du dialecte est l’affaire de tous. Loin de l’équation dialecte = langue de vieux, les jeunes de Alsace-Junge fers Elsassische revendiquent que le dialecte est plus que jamais une affaire de jeunes. Jean-François Wollbrett, leur président est optimisme et le dit, tout simplement.

L’association Alsace-Junge fers Elsassische est née d’un pari d’étudiants. Pourquoi ne pas créer un club Langue et culture alsacienne à l’image des autres lieux de rencontres qui foisonnent dans le milieu estudiantin ? Un groupe d’amis, « une petite dizaine au départ » explique le président Jean-François Wollbrett, se lance dans l’aventure et se retrouve dans un caveau d’un Foyer strasbourgeois. Stàmmtisch, soirées de réflexion occupent le noyau dur de ce club pas comme les autres, un groupe qui ne cesse de grandir au fil des rencontres. « Nous ne nous attendions pas à un tel succès » poursuit Jean-François.
« Nous passions des soirées à débattre de l’avenir de l’alsacien, d’internet et l’alsacien ou encore d’une TV en alsacien ». Au fil des rencontres, le bouche à oreille faisant son travail, le groupe informel se structure et en 1999 les statuts de l’association sont déposés. « Nos membres sont aussi bien des dialectophones que l’avenir de leur langue régionale ne laissent pas insensibles, ou des francophones intéressés par la région qu’ils découvrent. Ils viennent sans cliché et sans complexe. Ils découvrent une culture, et la langue fait partie de cette culture » note le jeune homme. Quant aux jeunes Alsaciens dialectophones, s’ils se montrent attentifs à leur langue régionale, « ils ont intégré les conséquences du rapport complexe de leurs parents à l’alsacien. Pour eux le dialecte n’est pas ringard, mais il n’est pas non plus à la mode » analyse-t-il. Les jeunes de l’association ne sont pas pessimistes pour autant et font tout pour renverser la vapeur. « Nous avons trente années de retard sur la Bretagne en terme de prise de conscience. Il faut moderniser l’image de notre dialecte » souligne Jean-François.
Pour ce faire, les membres de Alsace se font volontiers provocateurs : « l’alsacien, une affaire de jeunes ! Rock, rap, techno... en alsacien : pourquoi pas ? » Pour toucher les plus jeunes et les sensibiliser à la langue, il est clair qu’il faut "parler jeune" et aborder des problématiques qui les intéressent, et l’association Alsace-Junge fers Elsassische a compris cela. « Nous voulons promouvoir l’alsacien d’aujourd’hui et pas celui d’il y a cinquante ans » explique leur président. Lors de leurs rencontres mensuelles, les jeunes tentent de trouver des réponses en rapport avec cet objectif : comment adapter le dialecte à internet, aux SMS ? Comment écrire le dialecte pour qu’il soit compris largement ? Loin des réponses toutes faites, les membres d’Alsace proposent et argumentent.
Au fil des mois, le petit groupe informel est devenu un partenaire incontournable de la scène culturelle alsacienne. Leur avis est écouté, leurs propositions - originales il est vrai - sont diffusées et parfois suivies. « Nous avons des projets concrets, comme la réalisation d’un dictionnaire interactif de l’alsacien sur internet, mais nous ne pouvons pas les mener à terme seuls, faute de compétences suffisantes. Avant tout, il nous paraît important de trouver un accord pour la langue écrite car il est vital de trouver un terrain d’entente, quitte à devoir faire des concessions » rappelle Jean-François Wollbrett en parfait porte-parole. Les cours d’alsacien avec Isabelle Grussenmeyer, les Stàmmtisch (tous les premiers lundis du mois à l’Etoile) ou autres manifestations ponctuelles que Alsace-Junge fers Elsassische propose ont comme but commun de motiver les plus jeunes générations, celles qui forment encore un terreau linguistique sur lequel se fonde tous les espoirs futurs. « Nous ne sommes pas nostalgiques, mais nous voulons protéger et développer notre culture.
En expliquant notre démarche et en gagnant d’autres à notre cause, nous avons une chance de pouvoir lutter contre une uniformisation de notre culture. C’est le monoculturalisme qui est ringard ! Peut-on imaginer des êtres mononeurones? Moi, non ! » Le message est clair !


© L'ami hebdo - 28 mars 2003
Christine Nonnenmacher
Rencontre CHRISTIAN HARTMANN/L’A.M.I.
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